Honnête ? «Qui est conforme ou qui se conforme aux règles
de la morale, de la probité, de la loyauté» nous dit le Petit
Larousse. Mais de quelle morale peut-il s'agir dans une société
régie par le capitalisme triomphant et soutenue par le principe de
la lutte des classes ? «Qui ne vole pas, ne fait ni escroquerie, ni
détournement» ajoute le Petit Robert. Hypocrite et légale ambiguïté
qui transforme l'honnête homme en mouton social, en bon citoyen.
Ce à quoi le non citoyen Jacob Alexandre Marius (1879-1954),
ex matricule 34777, peut répondre en 1932 : «Il y a une erreur,
disons le mot, un mensonge capital. Celui-ci : la délinquance est
l'exception, l'honnêteté la règle.» Loin, très loin des clichés de
l'extraordinaire aventurier, l'histoire de l'honnête Travailleur de
la nuit, du «cas témoin de l'illégalisme» (selon l'expression de
l'historien Jean Maitron) s'inscrit de toute évidence dans le cadre
d'une guerre sociale pensée et menée au nom de l'idéal anarchiste
à la fin du XIXe siècle, une époque que d'aucuns à fortiori ont osé
qualifier de Belle. L'histoire de Jacob finit par éclairer celle de tout
un mouvement. Et l'irrévérencieux cambrioleur, qui porte haut le
verbe libertaire, est appelé à payer très cher ses atteintes à la divine
et bourgeoise propriété. Mais le bagne et ses iniquités ne peuvent
briser un être probe, loyal et moral... un honnête homme.