En 1948, Georges Hugnet choisit dans sa collection de cartes
postales une série des années trente représentant des dames plus
ou moins dévêtues. Et reprit la technique de la gouache.
De ces dames à leur toilette, il fera les proies consentantes
de ses nouveaux personnages, les Spumifères. Terme qui signifie
porteurs d'écume. Ils sont pour la plupart couverts de plumes ou
de duvet, très hauts en couleurs et dans l'ensemble plutôt contents
d'eux. Ils portent des noms en rapport avec leur personnalité
comme «Le Purlaine orgueilleux», leur lieu de vie tel «La Pigruleuse
du maquis» ou une distinction physique comme «Le Torchas casqué».
Ce sont des amants obsédés par leur besoin de se reproduire, ce
qui ne peut se faire que par le contact d'un corps de femme.
Hugnet réalisa quarante Spumifères. Quarante comme les
académiciens. Il devient naturaliste pour décrire leurs ébats avec
beaucoup de précisions.
Il les fit aussitôt photographier, encadrer : cadre en chêne clair,
passe-partout liseré or, cartouche portant le nom de chacun.
Mais les porteurs d'écume ne furent pas quarante très longtemps
car leur créateur en fit cadeau à ses amis les plus proches :
Lise Deharme, André Thirion, Marie-Laure de Noailles, «La Minoche
émancipée» à Paul Éluard. Six seront ainsi dispersés (tous récupérés
depuis). Qu'importe, disait Georges Hugnet, les académiciens
sont rarement au complet. Trente-quatre ne furent jamais montrés,
«L'Émandole des sables» fut volé.
Dans les années 1960, Georges Hugnet écrit des textes pour
accompagner ses cartes postales. Ceux dont il a fait cadeau
n'auront pas de texte.
Les quarante Spumifères et les textes qui les accompagnent
sont présentés ici pour la première fois.