«Mon crime est presque plus grand encore que celui de l'assassin lui-même,
ma situation plus désespérée : je suis de ces tièdes que même Dieu
vomit, Lui que mon père appelait pourtant le Miséricordieux. Mais sa
Miséricorde, il la réserve «aux froids et aux bouillants», aux athées et aux
criminels. Les tièdes, il les vomit ! Je le sais, c'est écrit dans l'Apocalypse,
au chapitre 3 : «Je te vomirai de ma bouche.» Cette phrase, lorsqu'elle
résonne dans mon crâne, l'alcool, parfois, parvient à l'étouffer.
Depuis deux ans, Antoine n'a plus écrit une ligne. Il est hanté par ces
mots depuis le jour où, lâchement, il a laissé mourir une jeune fille sous
ses yeux. Son prétendu roman sur un criminel en fuite déguisé sous les
traits d'un pèlerin n'est qu'un prétexte pour quitter Paris et tenter de
fuir son sentiment de culpabilité. Finalement, le criminel en fuite n'est
autre que lui-même. À moins que ce ne soit Pierre, ce drôle de type chez
qui il s'arrête, à côté de Moissac ? Et Brune, la jeune femme qui partage
la vie de Pierre, qui est-elle vraiment ? Le chemin d'Antoine s'arrêtera
là, à Auvillar, tant qu'il n'aura pas élucidé le mystère de ce couple. La
passion pour Brune qui l'enflamme bientôt, elle aussi le retient. Mais
l'éclaircissement du mystère ne mettra-t-il pas nécessairement la jeune
guide de Moissac hors de sa portée ? Elle est, c'est sûr, sa seconde chance
de Salut.