Revue européenne d'histoire sociale
« Cessons, si vous le voulez bien, de causer éternellement d'histoire nationale à histoire nationale, sans nous comprendre. »
Marc Bloch, Pour une histoire comparée des sociétés européennes.
Si la jeunesse n'est pas une invention de la modernité, les XIXe et XXe siècles consacrent sa reconnaissance sociale et culturelle, laquelle suscite un encadrement. Jeunesse à éduquer, à protéger mais aussi à contrôler. La justice des mineurs se détache alors de l'appareil pénal, elle élargit son rayon d'action, en incorporant les techniques de l'aide sociale aux pratiques judiciaires.
Eric Pierre retrace l'histoire longue de la gestion de ces deux clientèles que sont l'enfance délinquante et l'enfance abandonnée, à travers l'exemple de la colonie agricole de Mettray. Pascale Quincy-Lefebvre poursuit ce parallèle en évoquant la concurrence des administrations de l'Assistance publique et de la protection judiciaire de la jeunesse au XXe siècle français. Dorena Caroli étudie, en Russie, l'hésitation entre prise en charge administrative ou judiciaire des enfants déviants, qui s'avèrent surtout des laissés pour compte. Tamara Myers analyse comment la justice des mineurs montréalaise s'est emparée du corps, corps fantasmé ou physique, des jeunes délinquant(e)s. Enfin, David Niget souligne l'entrelacement des registres du pénal, du social et du thérapeutique au sein des systèmes judiciaires dédiés à l'enfance dans les pays industrialisés.
Dans la rubrique « Biographie et groupe social », Aurore François se penche sur le cas belge où, dès l'Entre-deux-guerres, le savoir-faire caritatif des dames d'oeuvres est confronté à la professionnalisation de l'aide sociale.
En outre, le cahier image, réalisé par Elise Yvorel, illustre l'évolution de la prise en charge institutionnelle des jeunes détenus au sein d'une maison de correction publique : Saint-Hilaire.