Il aura fallu attendre janvier 2011 aux Etats-Unis, à l'occasion
de la réunion annuelle de l'American Economic Association,
qui rassemble les économistes américains, pour que les
économistes se posent la question de leur déontologie.
Deux d'entre eux, Gerald Epstein et Jessica Carrick-Hagenbarth,
ont écrit une lettre signée par 300 de leurs confrères
- dont le prix de la Banque de Suède George Akerlof et l'ancienne
conseillère économique de Barack Obama, Christina
Romer - réclamant une plus grande transparence de la part
des économistes rémunérés par le secteur privé. Les deux
chercheurs ont montré que sur 19 économistes présents
dans le débat public américain, 13 étaient susceptibles de
conflits d'intérêts mais que 5 seulement mentionnaient
clairement leurs travaux payés par les entreprises.
On pourrait baptiser ce réveil des Américains l'effet Inside
Job, du nom du remarquable documentaire de Charles
Ferguson sorti sur les écrans à la fin 2010. On y voit Frederic
Mishkin, ancien membre de la banque centrale des
Etats-Unis, et Richard Portes, président d'un think tank
britannique prestigieux, mis en cause après avoir touché
de l'argent pour écrire un rapport louant la bonne santé
de la régulation financière en Islande quelques mois avant
l'effondrement du pays. On y subit Glenn Hubbard, ancien
conseiller économique de George W. Bush, qui, mis devant le
fait accompli de ses collusions avec le monde de la finance,
devient très agressif.
Un peu plus d'éthique chez les économistes ne les rendra
pas forcément plus pertinents. Mais cela permettrait au
moins au public de se faire une idée sur les intérêts qu'ils
sont susceptibles de défendre.
Christian Chavagneux