Des élèves de 1re ES (Économique et Sociale) du lycée Charles-de-Gaulle
à Vannes ont engagé, en français, au cours de l'année
scolaire 2004-2005, une vaste réflexion sur la justice et le milieu
carcéral.
Tout en étudiant des textes de Voltaire (à propos de l'affaire
Calas, par exemple), de Victor Hugo ou de Jean Genet, etc., la
classe a rencontré la même année Odile Marécaux (innocente dans
le dossier d'Outreau), Denis Seznec et un juge d'application des
peines du TGI de Vannes.
Mais le point d'orgue de l'ensemble des activités menées a
incontestablement été la mise en place d'une correspondance avec
des détenus du centre pénitentiaire de Nantes.
Erreurs judiciaires, fonctionnement de la justice, conditions
indignes d'incarcération : à l'invitation des jeunes, les détenus ne
manquent pas de répondre sans ambages à toutes les questions qui
leur sont adressées.
Au bout du compte, c'est un dialogue riche qui s'est noué,
offrant d'un côté le visage d'adolescents surprenants, curieux, se
forgeant une conscience citoyenne, toujours plus affûtée au fil des
propos ; de l'autre, se dessine le portait d'une population carcérale,
avide d'échanges, soucieuse de bien faire comprendre le quotidien
de la prison : son fonctionnement comme les meurtrissures qu'elle
engendre.
Ce livre témoigne d'une rencontre improbable entre des lycéens
que l'on dit souvent désabusés, sans implication et des détenus supposés
hostiles à ceux du dehors. Et pourtant de ces lettres s'échappent
des paroles chargées d'émotion et d'intelligence, comme parfois
seuls ceux qui sont entre les murs (d'une classe ou d'une prison)
savent en formuler.