C'est à la mort de mon grand-père en 1989 que je reçus en
héritage des cassettes audio contenant plusieurs heures d'enregistrement.
Mon grand-père y racontait son enfance bretonne
partagée entre la ville et la campagne au temps de la Première
Guerre mondiale. Il y racontait le quotidien d'un fils d'ouvrier
brestois qui a connu la misère noire du prolétariat urbain. Il y
racontait aussi la solidarité des gens pauvres, la vie des rues
brestoises, l'école de la IIIe République et l'apparition de la Grande
Guerre avec l'arrivée des troupes russes puis de l'immense
contingent américain.
Mais, chaque été, mon grand-père partait en vacances à
Briec chez son oncle et sa tante. C'est avec précision qu'il
évoquait ces mois de bonheur et de liberté. La vie à la campagne
lui paraissait immuable et, tous les ans, il revivait avec un plaisir
incomparable le temps des moissons, les jeux d'enfants dans les
talus, les baignades dans la rivière ou les longues heures passées
à flâner dans la boutique que sa tante tenait sur la place du
bourg.
C'est donc le témoignage d'un temps qui n'est plus, d'une
époque resurgie des brumes du passé et dont mon grand-père a
voulu laisser la trace. Puissent ces pages y parvenir.
Olivier Macaux