« Septembre 1941. C'est un début. Il m'est venu d'un coup, sans rature. Je laisse comme ça pour l'instant ; ça me convient toujours pour l'instant. Je n'en ferai pas plus aujourd'hui. Je sais où je conduis cette histoire. Je n'en connais ni les sentiers, ni les méandres, mais je vois la grand-route et où elle devrait mener. Et le temps, le temps qui depuis l'an dernier doit me détruire, donnera bien à la grand-route les moyens d'exister pour " sauver mon âme ". Ainsi je lance un S.O.S et, pour l'heure, ce reflet du quattrocento illumine ma chambre triste. Je viens de la louer à deux soeurs, deux vieilles filles, que l'on m'a recommandées pour leurs vertus : propreté, honnêteté, piété. En fait, elles sont actives paroissiennes de ce patelin situé sur un début de colline, à douze kilomètres environ de Roanne. Roanne, capitale de l'ennui mais non de la douleur. Roanne, petite ville industrielle sans histoire et sans Histoire, mais en zone libre. Je me tiens ferme à ma première bouée de sauvetage, écrire l'histoire de Léonello qui, à l'instar du chat de Baudelaire, " Dans ma cervelle se promène ainsi qu'en son appartement " et miaule comme un fou pour en sortir. Et puis je commence à écrire un journal, sur le conseil pressant de mon cousin, sinon je vais m'effriter. »
L'auteur propose ici un roman historique singulier : pendant la deuxième Guerre Mondiale, Vincent, étudiant en philosophie, se retire en tant qu'instituteur dans un village en zone libre. Il y écrit son journal intime et le récit de Léonello, apprenti peintre au XVème siècle. Au fil de ces textes irrémédiablement liés et d'une intrigue subtilement tissée, Suzanne Alexandre nous parle de tolérance et de rapport à l'adversité. Elle expose sa critique des idéologies liberticides et adresse une ode à la création artistique.