L'évidence du référent masculin dans l'oeuvre de Marguerite Yourcenar
a fait son temps, il n'est plus possible de s'en contenter. Comment
une femme qui a traversé tout le XXe siècle, ses conflits comme
ses révolutions, a-t-elle négocié son rapport à l'autre sexe ?
Au cours de ses voyages et de ses rencontres avec d'autres écrivains,
Marguerite Yourcenar s'est confrontée à diverses cultures, qui ont
influencé sa conception personnelle du genre et ont peu à peu dessiné
une image complexe, transcendant les époques et les différences
géographiques, d'une masculinité moins monolithique que l'héroïsme
tragique des Marcella, des Plotine et des Sophie : sous la grandeur
d'Hadrien, par-delà l'humanisme de Zénon, se révèlent les
faiblesses des hommes, leurs désirs troubles, leurs craintes. Les protagonistes
ont à faire le deuil de leur réalisation définitive, pris dans
les remous des désenchantements idéologiques du XXe siècle.
Sont réunis ici des contributions qui interrogent l'image du masculin
dans l'oeuvre narrative de Marguerite Yourcenar selon différentes
perspectives, afin de cerner cet indicible fluctuant qu'est la représentation
fondamentale du sexe dit fort. La description du masculin
s'établit d'abord à partir d'une confrontation entre les récits de
l'auteure et ceux d'écrivains étrangers, puis s'étoffe à l'aide du double
voyage physique et psychologique des personnages mais aussi du
cheminement temporel de la romancière à travers le siècle, avant de
se confirmer dans les confrontations esthétiques que sont les adaptations
cinématographiques.
La définition du masculin yourcenarien passe par la déconstruction
d'une virilité idéalisée et par la rencontre nécessaire avec le miroir
du féminin, inévitable voie pour échapper - mais l'auteure y
échappe-t-elle vraiment ? - à l'affrontement archaïque entre les sexes.