« Je me souviens d'à peu près tout. Les couleurs, les sons, les mélanges. Un patchwork complet et fouillé. Les chambres resserrées aux cloisons blanches et vides, les visages lumineux, les robes de maman. Un livre ouvert. Un cendrier plein et ses odeurs qui valsent. » Dans son premier roman Noir-de-jour, Julien Muselier dessine le tableau singulier d'un itinéraire, d'une fuite nocturne et poétique à la dominante si sombre et consternée que peu à peu le jour semble poindre en filigrane salutaire. Des scènes du souvenir comme les objets d'un musée antique étrange, les scènes d'enfance ressassées et gauchement symboliques en clair-obscur, les déambulations et les réflexions dans les heures tardives de l'errance, l'ensemble a une vivacité de caractère, l'effet du temps et la couleur sont isolés enfin. C'est un jeu d'ombre et lumière obscur, saillant et murmuré en poésie qui transparaît finalement et comme d'une scansion douce et jouée en quelques pages centrales seulement. Noir-de-jour est une ode lente et soigneuse, le dessin clair d'une courte pensée, un ouvrage de superpositions descriptives. Enfin un recueil en feuillets disparates et qui reviennent en mémoire, si vifs au lecteur survenu dans son dialogue intérieur.