Non, ce n'était plus de son âge de voir ça et s'il n'y avait
eu son projet secret, elle serait déjà descendue du bateau.
Jacques et Solange, montant à bord, faillirent s'étrangler.
Cette fille était décidément imprévisible ! Même Patricia
semblait gênée.
Quant à Florent, il avait viré au rouge brique et les yeux lui
sortaient de la tête. Il avait loupé une arrivée à bord qu'il
aurait voulue «marine», pour séduire Patricia. C'est elle
qui l'empêcha de tomber à l'eau !
La pinasse, brûlante de soleil, glissait sur une mer d'huile,
fendue avec élégance par l'étrave du bateau. L'eau, en
s'écartant, ondulait, et la jolie dentelle blanche de l'écume
de mer suivait la poupe, comme la traîne d'une mariée.
Patricia se tenait à la proue. Elle aimait rester devant pour
sentir le vent du large soulever ses cheveux. Les embruns
l'éclaboussaient de fines goutelettes salées, qu'elle séchait sur
ses lèvres et ses bras. Une vague un peu plus forte l'aspergea
et Florent en profita pour lécher doucement le sel, sur sa
joue mouillée. Elle le laissait faire, heureuse de cette journée
sur l'eau, flattée d'être admirée, découvrant un garçon aussi
fou qu'elle du Bassin d'Arcachon.
C'était de bon augure...