Comme l'écrit la poète Samira Négrouche dans sa préface, cette
anthologie de poésie algérienne d'expression française porte en elle «la
double singularité du clandestin, celle du poète et celle de la langue qui
reste malgré tout étrangère». «Greffée, aimée ou imposée» ou encore
«butin de guerre» selon l'expression de Kateb Yacine, elle porte
aujourd'hui en elle «une généalogie algérienne ouverte et libérée».
«Une nouvelle génération est bien née loin des complexes et des
fantasmes» et ce sont ces voix neuves, de moins de trente ans comme
celles de Mohamed Mahiout et Amine Aït Hadi que cette anthologie
fait entendre aux côtés des anciens tels Djamel Amrani et Malek
Alloula nés dans les années 1930, déployant la richesse d'une poésie
vivante dont Samira Négrouche souligne encore la vitalité et la
spécificité : «Qu'elle descende de Mohammed Dib ou de Tahar Djaout,
qu'elle fasse référence à Jean Sénac, qu'elle taquine les poètes français
ou arabes, qu'elle veuille insuffler graphies et sonorités arabo-berbères,
elle n'en demeure pas moins le fruit d'une longue lignée de poètes
algériens qui se sont égratignés les genoux et ont défriché le chemin.
Et par cela, elle est susceptible d'être libre».
Cette liberté résonne, ici, à travers onze parcours de poètes et
entrouvre une porte vers cet «archipel d'oasis insoupçonnables» que
cette anthologie invite à découvrir et à explorer.