C'était son premier roman publié. Nous avons été d'emblée
charmés par cette écriture ample, vive, d'une qualité narrative
indiscutablement efficace.
Avec lui nous avons pénétré au coeur de ce village dont nous
ignorons encore l'exacte situation géographique, quelque part
en France ; un village déserté, comme tant d'autres, par les
habitants d'âge moyen et, bien sûr, par les jeunes, convaincus
de vivre la fin de ce qui fût jadis un lieu de cohabitation et de
voisinage. Ne restent plus que les vieux, les gens en fin de vie,
ceux dont c'est la dernière station.
En fin de vie ? c'est peut-être vite dit.
Le grand saut n'est pas encore pour demain... Les vieux, dont
on aperçoit les frêles silhouettes derrière les volets entr'ouverts,
sont toujours bien coriaces et leur quotidien est loin d'être
débarrassé des scories du passé.
Les passions collent encore à la peau, les rancunes demeurent
tenaces et survivent à l'inexorable avancement de l'âge et quant
à l'amour, il ne cesse de faire palpiter les coeurs et troubler le
sommeil.
Et pendant ce temps, à l'horizon tout proche, surgissent,
plantés par la main des hommes, les bâtiment uniformes, sans
panache, sans âme, des grandes surfaces, qui glorifient les
temps nouveaux, le bel avenir...
Quelques semaines après lui avoir confirmé notre décision
d'éditer son roman, Ollivier Curel a franchi la dernière station.
Il venait d'avoir 53 ans.
La vie est, par moments, triste à pleurer.