La matière de ce texte, c'est la langue. Une langue
corps. Une langue monde. S'y déploie l'intime et
l'histoire, le sexuel et le cosmique. À partir de «ce
moment archaïque» où résonne le tympan d'une église
romane, s'écrit une genèse. Genèse de la poésie elle-même.
De sa parole qui brise les règles du discours à
travers collages, emboîtements, superpositions
d'événements, de sensations, de souvenirs, irruption de
langues multiples, latin, anglais, italien, allemand, dans
la pâte de la langue-mère, qui brasse vie et mort,
angoisse et jouissances. Dans cet emportement de
signes, où s'imbriquent la langue familière et
l'érudition, l'allusion savante et l'émotion brute, à ce
rythme heurté et souple à la fois, à cette écriture
travaillée par une urgence inscrite dans le raccourci et
l'ellipse, on rompt avec l'inerte, la fixité pour entrer
dans la vitesse. Celle qui nous habite au plus profond.
Dans le feuilletage mobile et fourmillant de ce qui est,
dedans, dehors. Au coeur de vivre, où germe la
«matière des mythes».