Raphaëlle d’Arces excellait en tout. Et ça, depuis toujours. C’en était agaçant. D’autant plus agaçant que c’était vrai et qu’elle en avait la totalité du mérite. Ses nombreux et légitimes adulateurs avaient dû, au fil du temps, se réfugier dans un mutisme gêné au point de taire des compliments qui pourtant auraient valu de lui être adressés. Souvent la crainte domine bêtement la flatterie quand l’admiration amène bêtement à l’envie : Ils n’osaient plus ! Depuis toujours, elle était bonne en tout, savait l’illustrer brillamment mais pouvait tout aussi bien le dissimuler avec un naturel désarmant. Pour fuir les flatteurs, elle évitait d’emblée de trop paraître. Au moins le pensait-elle à l’image du sage dicton béarnais : « Les louanges comme le chou ont bon goût mais font enfler. » Afin de s’épargner leur insignifiance, elle affichait, comme un antidote à leurs couplets saugrenus, l’expression énigmatique de son visage.