Le texte présenté par Luigi Monga et traduit par
Alain Blondy est non seulement un document
historique rare qui illustre des aspects peu connus
de la vie à bord des galères des Médicis, mais c'est aussi un
journal d'une exceptionnelle valeur humaine.
Condamné à mort en août 1565 pour le meurtre de sa
femme, Aurelio Scetti, musicien florentin connaissant une
certaine notoriété, vit sa sentence commuée, in extremis,
grâce aux protections dont il jouissait à la cour de Côme Ier,
en peine des galères à vie. Au bout de douze ans sur les
galères de l'Ordre de Saint Etienne, Scetti, estimant qu'il
avait purgé son crime, rédigea un mémoire autobiographique
qu'il présenta au grand-duc François Ier, pour obtenir sa
libération. Malheureusement aucun document ne nous
apprend le résultat qu'obtint cette démarche. Néanmoins, son
journal est un rare témoignage sur la vie, entre 1567 et 1577,
des galères médicéennes et stéfaniennes au service de
Philippe II et de Pie V, à la fois dans la guerre de course
contre les Barbaresques et dans la lutte contre la marine
ottomane qui culminera avec la victoire de la Sainte Ligue
à Lépante en 1571.
Si les grands événements sont vus par Aurelio Scetti,
comme disait Manzoni, avec l'optique «de gens de peu, aux
médiocres préoccupations», il réussit néanmoins, avec une
certaine vivacité d'écriture, à intégrer ses aventures
personnelles «sur l'étroit théâtre de lugubres tragédies
d'horreur et de scènes de grandiose malheur».