Le tarissement de la mer d'Aral est le symbole international de la
raréfaction d'une ressource vitale : l'eau.
Longtemps, «La mer d'Aral» fut le nom, au mieux, d'une région
exotique...
Le 6 janvier 1988, Le Monde rompt le silence sur la situation en
mer d'Aral par une brève intitulée «La mer d'Aral se vide». En
1990, l'émission Thalassa diffuse un premier opus sur l'assèchement
de la mer d'Aral et ses conséquences. L'impact de la découverte
est d'autant plus saisissant que la catastrophe de Tchernobyl
a eu lieu trois ans auparavant, et que les journalistes se réfèrent
immédiatement à l'expression «le Tchernobyl silencieux» pour définir
la situation en mer d'Aral. Dans la majorité des reportages,
le commentaire stigmatise les politiques staliniennes qui ont mené
à cette catastrophe environnementale : les politiques d'industrialisation
et de transformation de l'Asie centrale en grenier à coton de
l'URSS. L'information est agrémentée d'un dispositif de termes
et de notions qui définit ce que doit être la catastrophe de la mer
d'Aral. La répétition d'images insistant sur le malheur, la détresse
et la maladie est organisée et mise en scène dans le but de souligner
les exactions de l'ère soviétique. Les documentaires présentés
privilégient l'impact de la catastrophe écologique provoquée par la
disparition de la mer d'Aral ; ils valorisent l'approche anthropologique
et visent à émouvoir le spectateur. Le corpus alimente les représentations
mentales et sociales de la France ainsi que les clichés
et les stéréotypes sur la catastrophe de la mer d'Aral.
Le stalinisme est LE responsable (certes, il l'est !)... comme s'il
avait eu, seul, le monopole du productivisme.