« Depuis ce jour où j'avançai sur les rives du lac Turkana
dans le silence spectral de ce carrefour de frontières
si longtemps incandescentes - Ouganda, Soudan, Éthiopie,
Somalie, Kenya -, les lances vivantes enfouies dans la lumière
ou les poussières de la mémoire me sont devenues familières.
Alors qu'il n'y avait plus d'horizon, commençait un interminable
face à face avec un de ces mirages hésitant entre la silhouette d'un
homme, d'un arbre ou d'une lance qui se précisait et s'éloignait,
dans cette fournaise minérale de début et de fin du monde... »
Les lances n'ont cessé de peupler l'imaginaire de Pierre Graziani,
qui parcourt le continent africain depuis quarante ans. Lance « de
main droite ou de main gauche » et lances de saint Georges...
Lances du lignage et « lance qui avertit »... Javelot flamboyant des
Mau-Mau et lance de Pygmée, perdue dans le lac Bleu, comme
chargée d'une mission invisible... Autant d'évocations et de
méditations poétiques autour d'une arme magique, « emblème du
chemin par lequel le voyant ou le guerrier s'envolera vers son ciel ».