«Non, je ne suis pas en cure de désintoxication,
et écrire n'est pas une thérapie inventée
par ma psychologue. J'écris pour le plaisir, pour laisser
une trace de tous ces ados que j'ai croisés et qui m'ont raconté
leur histoire. Leur vie m'a touchée, et je veux que leurs plaisirs,
leurs souffrances ou même leur haine ne restent pas anonymes.
J'écris pour que nous, les jeunes, nous nous sentions moins seuls,
que nous sachions que cette merde-là, d'autres l'ont vécue. Les
livres rédigés par des adultes ne décrivent pas la vraie vie ; ils font
le choix de termes médicaux : "crise d'adolescence",
"drogues illicites", "coma éthylique", "suicide" ou encore
"dépression" sont des mots barbares qui ne font
qu'augmenter la crainte et le désarroi. J'espère que
vous ressentirez une impression de déjà-vu. "Ah
oui ? Moi aussi !", ou encore : "Pareil !" Si ce n'est pas
le cas, écrivez-moi, car vous êtes un spécimen qui manque
à mon catalogue... Je ne vous ferai pas un sermon comme quoi
le sexe, l'alcool ou la drogue, c'est pas bien. Mais essayez quand
même de ne pas trop faire peur à vos parents. Pour les filles, ne
laissez pas traîner vos plaquettes de pilules sur la table de chevet,
cela évitera une crise cardiaque à votre père. Les garçons, pensez
au préservatif : votre mère se fera une joie de vous en acheter
une boîte XXL au supermarché.»