« ... La marche sous un beau ciel d'hiver, Jeannot Troquaert aime ça. À grandes enjambées, il circule, son carnet le guide. D'une main insensible à l'air gelant, il a biffé déjà ; quinze lignes et dans la poche intérieure de sa veste, un matelas le de biftons le garantit du froid. Tourner à gauche rue d'Arras, remonter rue de la Plaine. Marche mécanique, parcours optimisé, efficacité maximale. Voilà ! Ils ne vont pas faire trop de difficultés, j'espère, on ne sait jamais comment les prendre ces gens-là.
Angle de la rue Fontenoy. Gros immeuble en briques usées. Trois étages : au rez-de-chaussée, vestige d'une enseigne commerciale, les lettres peintes Café Quinquin n'ont pas disparu sous le badigeon trop léger...
Moulins, quartier de Lille, quartier bigarré : habitations de toute sorte, de tout âge ; habitants de toute langue, de toute culture, de toute confession... Brutalement, le feu, en plein hiver, trouble la vie quotidienne : alors le quartier mène l'enquête. Dans les estaminets, le centre social, les associations, partout la question se pose et chacun y répond à sa façon : que s'est-il vraiment passé cette nuit-là au Café Quinquin ? Qui rôdait dans le « Jardin sans Nom » ? S'rot-y point Troquaert ? Mais non, m'fieu, ch'étot 'Camamber ! et alors, qu'est-ce qui fezot là ch't'alguazil avec sin capiau bizarre ?