«Au point où on en est avec cette guerre civile, les Libanais
sont condamnés à s'éliminer mutuellement sans que ce
massacre doive se traduire en définitive par une victoire
ou par une défaite. On se retrouvera très probablement
comme en 1958, mais avec cent fois plus de tués peut-être,
sans vainqueurs et sans vaincus et il s'en trouvera parmi les
survivants pour se demander, comme autrefois, pourquoi
les morts sont morts.» Ainsi s'exprimait Edouard Saab dans
L'Orient-Le Jour en septembre 1975. Huit mois plus tard,
le rédacteur en chef du quotidien francophone de Beyrouth
et correspondant du journal Le Monde est assassiné au
Passage du Musée, la «ligne de démarcation» pendant les
15 années de guerre qui allaient suivre.
Depuis longtemps, son fils Matthieu Saab souhaitait
publier un recueil des principaux articles de son père sur ce
Moyen-Orient compliqué. Avec le recul, de 1964 à 1976,
l'analyse de celui-ci relève souvent de la préscience quand
il décortique la politique suicidaire des dirigeants libanais
engagés dans le communautarisme, les rouages implacables
pour le maintien pendant de si longues années du régime
baasiste en Syrie, ou l'exacerbation sans fin du conflit israélopalestinien.
Cet ouvrage est une contribution à l'histoire
comme un hommage à l'homme libre.