Si la littérature d'un peuple de voyageurs tels que les Tunisiens
- né déjà d'une épopée phénicienne - s'est de longue date nourrie
des échanges entre la mère patrie et les territoires d'exils, des
dialogues entre le pays d'origine et la diaspora, des débats entre
les «cousins» d'ici et ceux de là-bas, saura-t-on aujourd'hui
mesurer leur démultiplication ? On retrouve des traits bien
connus : la littérature de l'exil, la nostalgie du pays perdu si
présente dans les lettres maghrébines et arabes, l'obsession du
retour ou, au contraire, l'expression de l'étouffement et l'appel
du large. Mais l'exil peut aussi être intérieur - recherché ou
imposé - qui illustre souvent le statut-même de l'écrivain
dans une société qu'il interroge. Et le nomadisme de certains,
toujours entre deux avions ou deux bateaux, deux vies et deux
pays, accompagne aussi la littérature.
La libération des paroles et l'accélération de la circulation des
écrits aujourd'hui créent-elles une nouvelle forme d'expression ?
Peut-on déjà parler de «genres littéraires» ou de «courants»
alors que semblent exploser le «tag» et le «rap» auxquelles la
littérature n'est pas tout à fait étrangère ? Pour ce numéro de la
revue, l'équipe de Riveneuve Continents et ses relais se lancent
dans une quête avec pour seule boussole l'aiguille aimantée qui
oscille entre la Tunisie et sa diaspora. Elle tache de déceler cette
dualité, ce déséquilibre créateur, ce dedans et dehors, chez les
écrivains confirmés comme chez les novices.