Après avoir rassemblé péniblement ses affaires à Paris, mais avec méthode, ce fut pour Maigret le grand et irréversible voyage. Il devait rester un bon mois chez sa fille unique qui lui avait réservé un séjour émérite parce que bien mérité. Il avait déjà promis à tous de se retirer à Lesparre, un an plus tôt, et il s était vu happé tout à coup par trois collègues qui avaient eu, soudainement, besoin de ses lumières pour résoudre trois des plus inextricables affaires de ces années soixante. Il s était finalement rendu dans le Sud-Ouest, aux trêves des confiseurs et du Nouvel An, et, tout naturellement, il aurait dû se retirer dans les Pyrénées à Laruns, mais le décor, où Lognon essayait de couler des jours paisibles, eh bien cette retraite ne pouvait ni exister ni coexister pour aucun des deux. Si Lognon avait toujours la pêche et le bricolage, et de brèves apparitions fraternelles et familiales pour occuper un exil qui ne convenait pas à son tempérament trépidant et mouvementé, Maigret ne se voyait pas emprunter cette route sinueuse qui le mènerait, qui le menait déjà sous les pins ténébreux, sous le porche des masures ombragées, sur les arches des rivières ondoyantes et argentées.