Saint-Germain-des-Prés attire les touristes du monde entier. Comment
expliquer qu'on se presse, aujourd'hui encore, au café de Flore ou
aux Deux Magots ? Nostalgie d'un âge d'or qui, dans les années
1950, aurait fait de l'endroit un village très sélect où de jeunes existentialistes
auraient découvert le jazz, l'anticonformisme et l'amour
libre, abusant de l'alcool et autres substances euphorisantes...
Juliette Gréco, Boris Vian ou Jean-Paul Sartre sont ainsi devenus les
icônes d'une génération. Image d'Epinal soigneusement entretenue
par les intéressés qui, avec un sens aigu du marketing, ont tissé leur
propre légende.
Et si Saint-Germain-des-Prés n'avait jamais existé ? Au plus près des
sources, notamment des archives policières, nous découvrons ici un
monde de la nuit qui n'est pas celui qu'on croit : rationnement, précarité,
bagarres, prostitution, avortements clandestins, homophobie,
viols et violence domestique... En somme, un quartier comme un
autre, dans ce Paris de l'après-guerre où la reconstruction était une
tâche quotidienne.