Les vieilles odeurs d'encre et de craie, la carte de France
accrochée au mur, le tableau noir en triptyque, les rangées
impeccables de pupitres en bois... donnaient à l'enfant, dans sa
vie d'alors préservée de toutes dispersions, de toutes questions
fondamentales, une impression d'ordre privilégié, de solennité
empreinte de crainte. Ce lieu créait une atmosphère bien
particulière où la soif de savoir et de découvertes se mêlait à la
joie de réussir, mais aussi aux peines causées par quelques zéros
assenés avec force. Les élèves avaient le sentiment d'appartenir
à un collectif qui partageait les mêmes valeurs, les mêmes
racines, les mêmes traditions. Cette classe ressemblait à toutes
celles de nos campagnes d'alors.
Le grand jour
«Je me souviens... La nuit avait été agitée, hachée par de longues
périodes d'insomnie qui me ramenaient inexorablement vers la
redoutable épreuve qui m'attendait le lendemain. J'imaginais
mille situations, tour à tour tragiques ou bénéfiques, où, rivé
à mon pupitre sous l'oeil sévère et intransigeant du maître,
je m'efforçais de venir à bout des différentes épreuves qui
m'attendaient avec, comme dénominateur commun, la terrible
dictée et ses cinq fautes éliminatoires.»