L'absolu et un café
Eblouissant, le jeune étranger qui entre au café Mirabeau cet été-là. La fêlure est invisible. Ceux et celles qu'il subjugue ne le verront pas sombrer. Dès que son mal de vivre commence à l'anéantir, Arvo Pallas s'en va, fermant derrière lui les portes de ses vies antérieures.
Si la dernière est misérable, rien ne filtre de sa détresse. Enseignant le jeu d'échecs dans les écoles, il continue de fasciner tous ceux qui le côtoient. Son apparence terrifiante de vieillard mort de faim n'étonne personne. Les enfants le vénèrent.
Arvo Pallas est le nom fictif d'un être intense dont la vie, bien réelle, reste énigmatique. Joueur d'échecs professionnel, il participa à de nombreux tournois internationaux. Ce récit polyphonique le suit dans sa trajectoire douloureuse : l'invasion de l'Estonie par l'Armée rouge, les réseaux des services secrets pendant la Guerre froide, le rôle du jeu d'échecs dans cette nébuleuse, la flambée des mouvements contestataires puis leur extinction. Les femmes de sa vie racontent un combat plus intérieur. Mais quels que soient les éclairages, intimes ou pas, Arvo Pallas ne coïncide jamais avec les portraits que les gens dressent de lui.