À Boudou, Boncon était accueilli et vénéré comme un Dieu et se disait indispensable. Cet accueil chaleureux, marqué par une ambiance fraternelle, lui manquait beaucoup en France. Quelques mois après son voyage humanitaire à Boudou, il ne cessait de penser à un autre. Il faisait même du zèle, parce que, jugeait-il, sans son aide, ce village disparaîtrait. Un jour, Boncon trouva, entre autres, deux lettres dans sa boîte. L'une, très pressante, lui avait été envoyée par le chef de village, Jean-Paul ; l'autre, très personnelle, par Nutela. La première évoquait la question de la famine et les villageois de Boudou demandaient à Boncon de les ravitailler en vivres. Cette dépendance sans fin, ils semblaient s'y complaire, et ce dernier ne les aidait pas à s'en affranchir. Au contraire, celle-ci lui permettait d'exercer sa domination sur cette pauvre paysannerie. La seconde lettre, elle, paraissait claire : « Je serais heureux de te revoir à Boudou. Je voudrais manger et jouer à l'awalé... avec toi dans la case ronde du domaine. J'ai une belle histoire à te raconter. » Pour Boncon, l'occasion était belle pour anticiper son voyage malgré les plaintes de sa femme.