Depuis deux ou trois décennies, un puissant courant de pensée (dont les trois auteurs phares sont Philippe Descola, Bruno Latour et Eduardo Viveiros de Castro) s'est fait jour en anthropologie, mais aussi en sociologie ou en philosophie, sous le nom de « tournant ontologique », défendu originellement par l'anthropologue brésilien Viveiros de Castro. Il jette un regard critique sur le développement, sur la pensée occidentale moderne et ses catégories ethno et écocidaires. Nombre d'écologistes y voient un soutien bienvenu à leur cause.
En amont des nombreuses différences qui séparent les auteurs regroupés sous cette bannière (parfois plus ou moins contre leur gré), il est possible d'identifier quatre thèses cardinales : 1. La nature n'existe pas ; 2. Il est impossible d'identifier un réel objectif que les différentes cultures se borneraient à appréhender en extériorité, chacune à sa façon ; 3. L'universalisation des combats à mener suppose de faire plein droit à cette universelle variété des cultures et des sociétés ; 4. Seule une posture animiste permettra de sauver le vivant. Ces thèses sont-elles tenables ? Dans quelle mesure ? Telle est la discussion menée ici.
Mais il y a une autre discussion à mener : que va devenir La Revue du Mauss après la mort subite (début décembre 2024) de son directeur Philippe Chanial ? Elle nous a plongés dans la désolation. Chacun avait pu apprécier le brio avec lequel Philippe avait pris le relais d'Alain Caillé. Ce numéro lui rend hommage et s'interroge sur notre avenir.