Sonnant et trébuchant, liquide ou gelé, fondant comme neige au soleil ou stocké précieusement, économisé sou à sou ou jeté par les fenêtres, sous le matelas ou dans les coffres, actif ou dormant, l'argent est partout, même si, depuis l'avènement de l’ère virtuelle, il pourrait ne plus apparaître que comme l’ombre de lui-même. Il laisse rêveur ou obsède, permet de réaliser les projets ou engendre les pires cauchemars, motive les ambitions ou paralyse les initiatives, soit par excès, soit par manque. Si inodore fût-il, il se laisse suivre à la trace, car bien souvent « pas d’odeur vous monte au nez » (J. Brel). Au point que l’alternative dont Hemingway fit l’un de ses titres les plus connus, « En avoir ou pas », a pris le relais de la pensée métaphysique prononcée par Hamlet, crâne en main, « Être ou ne pas être »… Notre dossier convie des écrivains, philosophes, spécialistes des questions financières, historiens des idées, à interroger la et les valeur(s) de l’argent – du Nouveau Testament à Proudhon, de l’Union européenne aux États-Unis en passant par le Congo belge, de Bloy à Hergé, de Simmel à Keynes – et à se pencher sur les multiples avatars de ce tabou qui, à défaut de se trouver au fond de toutes les poches, est dans un coin de toutes les têtes.