« Tu ne me reconnais pas, Prokhorov ? dit le squelette. Tu ne te souviens pas du sergent retraité, Piotr Pétrovitch Kourilkine à qui, en 1799, tu vendis ton premier cercueil ? Et c’était du sapin pour du chêne ! »
Première oeuvre en prose d'Alexandre Pouchkine (1799-1837), les Récits de feu Ivan Pétrovitch Belkine furent présentés à l'époque comme des histoires écrites par un gentilhomme de la Russie rurale, selon l'Avis de l'éditeur fictif que le véritable auteur rédigea pour introduire les textes. Ces cinq "contes de Belkine" sont encore aujourd'hui d'un grand intérêt et comptent sans doute parmi les oeuvres essentielles de la prose romantique russe. Le Coup de pistolet s'inscrit dans la tradition du duel au pistolet, thème qui revient à plusieurs reprises dans l'oeuvre de Pouchkine, lui-même familier de ces combats d'honneur qui finiront par lui coûter la vie en 1837. La Tempête de neige nous introduit à Maria Gavrilovna, une jeune femme qui "était nourrie de romans français et par conséquent était amoureuse". Le Marchand de cercueils présente le propriétaire d'une entreprise de pompes funèbres qui, ivre, se retrouve dans une fête avec toutes les personnes mortes à qui il a vendu un cercueil. Dans Le Maître de poste, nous assistons à la désillusion d'une jeune femme entraînée dans la prostitution après avoir quitté la maison paternelle dans la Russie rurale. Enfin, dans La Demoiselle-paysanne, une jeune femme adopte l'identité d'une paysanne pour vivre une histoire d'amour
interdite par sa famille.
Pour cette édition, nous reprenons la traduction d'André Gide (1869-1951) et Jacques Schiffrin (1892-1950), publiée pour la première fois en 1935.