Contrairement à ce que l'on a longtemps cru, l'architecture gothique
ne naît pas simplement d'une évolution des formes et des
techniques de construction. Bien au contraire, celles-ci ne sont
que le moyen par lequel une génération nouvelle, dont Suger, abbé et
maître d'oeuvre de Saint-Denis, est le chef de file, adapte les lieux de
culte à ses nouvelles exigences. Un premier colloque, tenu en 2000 à
la fondation Singer-Polignac, avait permis de dessiner l'ambiance intellectuelle
dans laquelle était né l'art nouveau : l'humanisme de l'école
de Saint-Victor. À côté de ce renouveau intellectuel, il fallait également
prendre en compte l'importance des transformations liturgiques
qui se nouent au XIIe siècle et qui jouent un rôle fondamental dans le
renouveau inauguré par Saint-Denis. C'est la tâche dont se sont
chargés sept historiens de l'art, de la littérature, de la musique, de la
liturgie et des idées. Le rôle de Rome et des voyages italiens de l'abbé
Suger apparaît prépondérant. L'architecture nouvelle adapte les
édifices français aux exigences liturgiques créées par la réforme
romaine, au lendemain de la querelle des investitures. Plus qu'un simple
problème esthétique, et par-delà ses implications théologiques et
philosophiques, le gothique est un art profondément ancré dans son
époque et qui cherche à répondre aux problèmes nouveaux et aux nouveaux
besoins fonctionnels qui s'affirment alors.