La communauté assyro-chaldéenne, ignorée
des grands médias, réclame sa place dans l'Irak
moderne et revendique l'héritage des prestigieux
peuples anciens de ce pays, Assyriens et
Chaldéens. Née en dehors et à l'Orient de l'empire
romain, implantée dans l'empire perse, l'Église
de Mésopotamie fut longtemps appelée "nestorienne",
parce qu'elle refusa progressivement, au 5e
s., de reconnaître le concile d'Ephèse (431), qui avait
condamné le patriarche de Constantinople Nestorius
et sa christologie très centrée sur la distinction entre la
nature humaine et la nature divine de Jésus. De tradition
syriaque (araméenne), cette Église a connu un extraordinaire
élan missionnaire au Moyen Âge, couvrant toute l'Asie
d'un maillage étonnant de diocèses. Résidant à Bagdad, dans
l'entourage du calife de l'Islam, le patriarche de cette Église de
l'Orient étendait son autorité sur un territoire immense, allant
de la péninsule arabique aux confins de la Chine. Au 14e siècle,
l'islamisation des mongols, qui avaient anéanti le califat dès 1258, et
l'avènement de la dynastie xénophobe des Ming en Chine ruinèrent
ce réseau missionnaire. Les Assyro-chaldéens se replièrent dans le
Kurdistan irakien ou turc, devenant peu à peu un petit reste à l'identité
tribale très marquée. En 1553, une part importante d'entre eux formèrent
une Église en communion avec Rome, l'Église dite "chaldéenne", aujourd'hui
majoritaire chez les chrétiens d'Irak. En 1915, les Assyro-chaldéens de
Turquie (Hakkari) furent exterminés comme leurs voisins arméniens et syriaques,
tandis que ceux d'Irak subirent en 1933 des massacres qui forcèrent le patriarche
assyrien à s'exiler aux États-Unis. Pratiquement éliminée en Iran et en Turquie, la
communauté assyro-chaldéenne est toujours bien vivante en Irak, quoiqu'elle éprouve dramatiquement
les malheurs rencontrés par ce pays ; elle compte également une importante
diaspora aux quatre coins du monde, notamment aux États-Unis, en France, en Belgique
et aux Pays-Bas.