Une vie au goulag, récit autobiographique de Dimitri Vitkovski,
est un document exceptionnel, cité par Alexandre Soljenytsine
en ouverture de L'Archipel du Goulag.
Tout oppose, cependant, Soljenitsyne et Vitkovski : si le premier
est révolté, le second évoque, avec lyrisme et humour, sa
vie brisée par le système. Ce qui frappe d'abord, lorsqu'on lit
Vitkovski, c'est le ton du récit. D'une grande concision, sans
aucun pathos, mais aussi lyrique, d'un lyrisme unique dans la
littérature concentrationnaire.
Écrit dans les années soixante, ce récit décrit, sur près de
trente ans, une vie de captivité entrecoupée de très courts
répits de liberté - déportation dans les profondeurs des forêts
sibériennes, travail de bagnard dans les îles Solovki, tortures,
interrogatoires, peur et survie. Dimitri Vitkovski, ingénieur
devenu zek, accusé sans preuves mais lourdement condamné,
retrace le monde des persécuteurs et des prisonniers mais aussi,
avec une sensibilité de poète, la taïga sibérienne au printemps,
la lumière irréelle qui se dégage de la mer Blanche aux îles
Solovki, ou une aurore boréale.
Un document pionnier, un petit chef-d'oeuvre.