Ravagé par un génocide, convoité par des voisins puissants et prédateurs,
mis en coupe réglée par une nomenklatura corrompue, asphyxié
par un régime néoféodal, le Cambodge est un pays martyr. Nul ne le sait
mieux que Sam Rainsy. Né dans une famille patricienne de Phnom
Penh proche du roi Norodom Sihanouk, le jeune Rainsy connaît l'opulence,
puis la déchéance lorsque son père, un homme politique de premier
plan, est brutalement limogé et doit passer dans la clandestinité avant
de finir assassiné.
Réfugiés à Paris, les Sam vont se résigner à une vie d'immigrés pauvres.
Mais jamais ils ne perdront l'espoir ni la dignité. Élève surdoué, Rainsy
fera des études brillantes qui lui permettront de devenir un financier de
haut vol, spécialiste des fusions-acquisitions dans l'industrie du luxe...
Mais comment se contenter de gagner de l'argent et d'en faire gagner
quand son pays s'enfonce dans la barbarie aux mains d'un régime qui
pratique le meurtre de masse ? De l'action humanitaire à Paris en faveur
des victimes des Khmers rouges aux campagnes électorales sur le terrain
après la chute du régime communiste, Rainsy et sa femme Saumura se
lancent dans l'action politique, reprenant ainsi le flambeau de leurs pères
respectifs, cosignataires des accords de Genève sur l'Indochine en 1954.
Pour ce couple de Cambodgiens occidentalisés, le retour au pays est
rude. Ministre de l'Économie du premier gouvernement de l'après-guerre,
Sam Rainsy met de l'ordre dans les finances de l'État, combat la
corruption, ce qui lui vaut un soutien populaire mais aussi de solides
inimitiés. Il passe alors dans l'opposition et crée un parti démocrate et
libéral, le PSR, une provocation que ne lui pardonnent pas ses adversaires.
Il est la cible de plusieurs attentats qui tuent nombre de ses partisans.
Aux agressions, Rainsy oppose un pacifisme d'essence bouddhique et
maintient le cap, impavide et inébranlable, à l'image de ces arbres qui
poussent dans la pierre des temples d'Angkor.