Fruit d'un questionnement collectif sur l'avenir de l'Orient arabe,
cet ouvrage est aussi l'expression d'une volonté de rencontre
entre des historiens et des universitaires d'Orient et d'Occident.
Cette publication, au-delà de ses thématiques spécifiques - État
et société, droit et individu, sources et historiographie - place d'emblée
l'ouvrage dans son cadre commun. Les interférences historiques
d'acteurs étrangers s'y déclinent dans des registres tels que :
modernité/authenticité, religion/politique, minorités/majorité,
individu/groupes sociaux.
Dès que l'on pose le cadre général «États et Sociétés» des
indépendances à aujourd'hui, la question du droit devient
incontournable puisqu'elle fait apparaître la concurrence entre État de
droit divin et État représentatif fondé sur le contrat social. Le droit
public témoigne des synthèses existant entre les différentes traditions
juridiques comme de la diversité en partie héritée de la période
coloniale. Les diverses contributions signalent l'ampleur des
difficultés auxquelles sont confrontés les États et les sociétés de
l'Orient arabe et posent les questions de fond : comment faire
fonctionner un contrat social dans une société sans citoyens et un
projet libéral dans une société sans individus ?
Au rempart politique et religieux contre les processus
d'individuation répond une écriture arabe de l'histoire contemporaine
qui se faufile dans l'histoire positiviste et la construction d'icônes ou
de biographies. Presque toujours sous pression idéologique, elle se
constitue pourtant en un champ autonome. Définir l'identité nationale,
ajuster le discours historique et l'actualité politique, telles sont ses
missions qu'elle partage d'ailleurs avec certains mass médias, la
télévision en particulier.
Les auteurs dressent ici un état des lieux sans concession dans une
posture à la fois engagée et distanciée. Tous témoignent in fine de la
présence dans l'Orient arabe d'îlots de vitalité intellectuelle que les
cadres les plus répressifs sont impuissants à réduire.