S'inscrivant de manière critique dans le mouvement d'émancipation moderne des
principes fondateurs ainsi que de la matrice conceptuelle de l'esthétique classique, les
fragments théoriques de Hölderlin s'emploient à démontrer que la littérature n'est pas
seulement un fond documentaire mobilisé et informé par les besoins du philosophe,
mais demeure, au contraire, intégrée de manière constituante dans l'économie de
sa réflexivité, en lui octroyant des possibilités nouvelles de se déployer grâce aux
ressources symboliques qu'elle met en oeuvre. En cherchant précocement à exhiber
les conditions esthétiques de réalisation du tournant pragmatique de la première
philosophie de Fichte, la problématisation hölderlinienne de ce que depuis Kant il
est convenu d'appeler les «beaux-arts» découvre ainsi l'iconographie propre au récit
littéraire comme la scène d'énonciation canonique de l'exercice philosophique tel qu'il
échoit à l'idéalisme accompli de le mettre en oeuvre.
Cet ouvrage replace finalement la poétologie hölderlinienne dans une «constellation»
de débats et de problèmes susceptible d'en exhiber l'unité et la cohérence par-delà
l'hétéronomie des doctrines formant l'intertexte de cette réflexion prolongeant son
génie littéraire (Platon, Spinoza, Rousseau, Herder, Kant, Reinhold, Fichte).
A l'aide d'exemples tirés de sa correspondance, d'extraits de la composition de
son roman Hypérion ou l'ermite en Grèce, cet essai montre de quelle manière
la question du style demeure cruciale chez Hölderlin afin de résoudre l'écueil
posé par l'extravagance impliquée désormais, en régime criticiste, par toute
représentation sensible de la réalité inconditionnée à la racine du projet politique
des Lumières : la liberté humaine.