« Est-ce que surgira à la fin, pour moi aussi, une réalité gonflée de sang, vraiment « vivante », une vie véritable et éternelle ? Je ne saurais le dire, aujourd'hui, au début de mon chemin. Il s'agit au fond de savoir, je crois, si une philosophie de l'art est possible pour elle-même, ou bien si elle ne servirait que d'introduction à la véritable vie de l'esprit. Et si l'on peut intégrer la philosophie dans une philosophie des formes ? Évidemment, on peut se poser la question : pourquoi une philosophie de l'art ? Pourtant, cette question ne saurait exister pour moi, car elle équivaudrait à demander : pourquoi moi ? Ce volume donne, en première édition française, 140 lettres puisées dans ce fonds très riche de la correspondance du jeune Lukâcs que contenait une valise déposée en 1917, et retrouvée naguère dans une banque de Heidelberg. Notre intention dans le choix a été de présenter la première période de la création, la personnalité d'homme, les relations amicales et intellectuelles de Lukécs et de ses correspondants — dont Béla Balâzs, Karl Mannheim, Georg Simmel, Paul Ernst, Emil Lask, Karl Jaspers, Max Weber—, révélant ainsi l'arrière-plan psychologique et idéologique des œuvres de jeunesse du philosophe, l'Ame et les Formes, l'Esthétique de Heidelberg et la Théorie du roman, tout en donnant un reflet de l'accueil qu'elles reçurent. Le tout présente un intérêt non seulement par rapport à l'évolution intellectuelle de Lukâcs, mais aussi par les aperçus théoriques que le lecteur y découvrira.