Au cours des années 1990, un nouveau
langage s'est progressivement imposé dans
les milieux de l'action sociale - et plus
largement dans l'espace public - pour
qualifier les problèmes de la société
contemporaine : celui de la souffrance
psychique.
Chômeurs de longue durée, adolescents
en errance, jeunes usagers de drogue,
sans-papiers et sans-domicile fixe, mais
aussi travailleurs sociaux et agents
administratifs qui les prennent en charge
ont été considérés comme victimes d'une
forme de fragilisation psychologique,
justifiant l'intervention des pouvoirs publics
et des acteurs privés. Pour remédier
à ce nouveau désordre, des lieux d'écoute
se sont multipliés en France depuis
une dizaine d'années, sous l'égide
de l'État.
C'est à ce phénomène que ce livre
s'intéresse, aux modalités de mise en oeuvre
des dispositifs, à leur signification
et à leurs enjeux. Par l'enquête menée dans
plusieurs de ces structures, on découvre,
au-delà des logiques compassionnelles, une
grande diversité de pratiques. Certes, il
s'agit toujours de psychologues dans leur
rôle traditionnel de thérapeutes, mais plus
souvent, ils se font conseillers,
animateurs, éducateurs. Quant au public,
sa composition et ses attentes sont bien
différentes de ce qu'on avait imaginé.
Espaces de socialité et d'entraide,
mais aussi de normalisation des conduites
et de pacification des marges, ces lieux
révèlent des formes nouvelles de traitement
local des inégalités sociales, attentives
à leurs effets, faute de pouvoir agir sur
leurs causes.