Pour qui «croit» en la sociologie, pour qui est persuadé qu'elle a
ouvert la voie à une interrogation sans égale de l'histoire et de la
vie en société, il est quelque peu décourageant de constater qu'elle
apparaît, chaque jour davantage, éclatée, tiraillée entre de multiples écoles
et courants réputés inconciliables. Faut-il donc abandonner définitivement
tout projet d'une sociologie générale et d'une unification minimale
de l'enseignement de la sociologie ? Et si oui, pourquoi ? Parce que
l'idée même d'une généralité théorique serait intrinsèquement fautive ?
Pour des raisons historiques, l'époque étant au bricolage postmoderne et
à la décomposition de toute société par le marché mondialisé ? Doit-on
alors faire son deuil de toute théorie sociologique, à grande ou moyenne
portée ? Existe-t-il, au contraire, des possibilités théoriques encore sous-estimées
et inexploitées ?
Comment formuler utilement les réponses à de telles questions ? La
meilleure manière était de les poser sans ambages à tout un ensemble de
théoriciens parmi les plus reconnus de la discipline. À les lire, on s'aperçoit,
avec surprise, que les écarts entre les écoles sociologiques sont
peut-être moins insurmontables que prévu. Une certaine unité, dialogique,
s'esquisse même, à partir du moment où l'on cesse de penser la
sociologie comme une science sociale spécialisée et qu'on (re)commence
à la tenir pour ce qu'elle a toujours voulu être, la science sociale,
à laquelle contribuent tout autant philosophes, économistes, anthropologues,
géographes ou historiens. Une discipline se penche ici sur son
passé et sur son avenir. C'est là un moment de réflexivité assez exceptionnel,
dont on peut attendre de multiples prolongements et retombées.