La mise au travail salarial repose sur la capacité de l'employeur
d'organiser au mieux le travail du salarié pendant le temps payé,
c'est-à-dire de la façon la plus rentable. Or rien ne pourra empêcher
que ce temps appartienne en fait aux deux parties : aux salariés
qui le vivent, lui donnent sens, et à l'employeur qui doit trouver les
moyens d'en faire l'usage le plus efficace.
La solution taylorienne visait à désamorcer toute résistance
humaine en objectivant le plus possible ce temps par des gestes imposés
et des temps alloués. Les formes les plus modernes de travail visent,
elles, à enrôler l'intimité et la personnalité des salariés dans des conditions
qui restent imposées et au prix d'une «colonisation» de leur vie
privée : vie privée et professionnelle sont désormais enchevêtrées,
tributaires l'une de l'autre.
Cela n'est certes pas complètement nouveau, mais ces effets semblent
aujourd'hui plus profonds, avec la difficulté de programmer sa vie
dans le cadre d'une mobilité généralisée, contraignant en permanence
à «développer ses compétences» pour assurer son «employabilité».
Dans cet ouvrage réunissant des contributions de sociologues, d'historiens
et d'économistes, une première partie étudie la construction et
la déconstruction des normes temporelles du travail, et les phases de
transition (notamment dans l'industrie française et dans l'ex-bloc socialiste).
Une seconde partie est consacrée aux exacerbations actuelles des
contradictions autour des enjeux de qualité et de productivité, dans des
secteurs aussi divers que les abattoirs, les hôpitaux, la restauration
rapide, les centres d'appels, les CAF et les banques.