Avec la notion de réseau, qui lui est d'ailleurs étroitement apparentée,
le concept de «capital social», quoique mal connu en France, est
probablement celui qui a suscité le plus de travaux et de débats,
d'ampleur internationale, en sociologie et en science politique, mais aussi
en économie, depuis les années 1990. Il fonde en effet une hypothèse d'une
importance cruciale : celle que l'efficacité économique d'un individu, d'une
entreprise ou d'une nation ne dépend pas tant - ou pas seulement - de la
quantité de capital économique dont ils disposent que de la qualité des
relations sociales au sein desquelles s'insère leur activité. La thèse est fascinante,
mais on devine toutes les questions qu'elle soulève. Qu'est-ce que la
qualité d'une relation sociale ? Peut-on la mesurer ? Et comment ?
Derrière ces interrogations se cache un conflit doctrinal plus profond.
Dans l'idée même de capital social, que faut-il privilégier : la dimension du
capital ou celle du social ? L'idée, utilitariste, que les relations sociales
d'amitié ou de solidarité peuvent servir, de manière instrumentale, à la
réussite économique ? Ou bien, à l'inverse, celle qu'elles n'ont d'efficacité
économique qu'à titre de sous-produit, que pour autant qu'elles sont
d'abord recherchées et valorisées pour elles-mêmes ? Sur tous ces points,
dans le sillage des articles fondateurs de Pierre Bourdieu et Robert Putnam,
difficiles d'accès en France, ici repris pour le premier, traduit pour le
second, on trouvera dans cet ouvrage une synthèse sans équivalent des
débats en cours et des analyses que le concept autorise.