Peinant à s'imposer sur la scène politique, la santé au travail
revient par la porte sociale, lorsque des suicides suscitent
interrogations et compassion de la part des commentateurs,
ou quand des collectifs de travail s'emparent d'une dimension
problématique des conditions de travail pour porter le fer
avec le patronat et les pouvoirs publics. Le caractère éclaté
de ces apparitions périodiques ne doit pas faire oublier que
les débats concernant la santé des travailleurs ont occupé
une place centrale dans les dynamiques historiques de
constitution du salariat. Mouvements souhaite revenir sur
ces grands enjeux : qu'entend-on par atteintes à la santé
physique, à la santé mentale ? Quels liens nouent-elles avec
l'organisation du travail ? Quels sont les acteurs collectifs
engagés dans les luttes de définition et de reconnaissance de
ces maux ? Que nous apprennent les expériences concrètes
en la matière ?
L'âge, comme critère de classement et de hiérarchisation des personnes, serait-il en
train de perdre son aspect évident et naturel ? Plusieurs affaires récentes limitant
par exemple l'accès à des emplois publics ou à la filiation semblent l'indiquer. Tout
en restant centrales dans l'organisation de la société, certaines distinctions politiques
et juridiques fondées sur l'âge soulèvent une série d'objections invoquant
leur caractère potentiellement «discriminatoire». Pour autant, le critère d'âge est
inégalement mobilisé dans les recherches sur l'articulation des discriminations,
qui tendent plutôt à s'appuyer sur le triptyque «sexe, classe, race». Ce numéro
de Mouvements est consacré à la place de l'âge dans ces analyses et aux enjeux
politiques portés par la mise en cause des «rapports sociaux d'âge».