«L'Âge moderne est l'Âge des Juifs, et le XXe siècle est le
Siècle des Juifs. La modernité signifie que chacun d'entre
nous devient urbain, mobile, éduqué, professionnellement
flexible. [...] En d'autres termes, la modernité, c'est le fait
que nous sommes tous devenus juifs.»
Yuri Slezkine montre qu'il existe, dans la plupart des civilisations
traditionnelles, une opposition structurale entre
une majorité de paysans et guerriers «apolliniens» et une
minorité de «mercuriens», «nomades fonctionnels» vulnérables
et persécutés. Tout comme les Chinois d'outre-mer
en Asie, les Parsis et les Jains dans le sous-continent indien,
les Juifs sont les dignes descendants de Mercure, «le patron
des passeurs de frontières et des intermédiaires ; le protecteur
des individus qui vivent de leur agilité d'esprit, de
leurs talents et de leur art» et dont le succès leur attirent
une jalousie parfois mortelle.
Avec le XXe siècle, le capitalisme «ouvre les carrières aux
talents», tandis que le nationalisme transforme tous les
peuples en «peuple élu» convaincu de son destin singulier.
Les Juifs deviennent les modernes par excellence. Et, de
fait, leurs grandes «Terres promises» au XXe siècle furent
bien l'Amérique capitaliste et libérale et Israël, «le plus
excentrique des nationalismes». Mais on oublie souvent que
la Russie soviétique fut le grand réservoir d'utopie et de
promotion sociale pour les Juifs. Mobilisant la démographie
et la sociologie autant que la littérature, l'auteur montre que
les Juifs jouèrent un rôle absolument central dans l'édification
de l'URSS, avant que la machine stalinienne ne se
retourne contre eux.
Méditation sur le destin du peuple juif, pour lequel le XXe
siècle fut tout à la fois une apothéose et une tragédie, ce
livre propose une réflexion inédite et profonde sur la modernité,
le nationalisme, le socialisme et le libéralisme.
Couronné par plusieurs prix (dont le National Jewish
Book Award), Le Siècle juif a été aussitôt reconnu
aux États-Unis comme un véritable chef-d'oeuvre.