Pendant soixante-dix ans, la recherche sur le monde soviétique s'est
élaborée sans possibilité de recours aux sources primaires. «Discipline»
à mi-chemin entre l'histoire immédiate et la science politique,
la soviétologie, comme on l'appelait alors, était privée de l'outil traditionnel
de l'historien : les archives. De ce fait, elle était d'autant plus perméable aux
présupposés idéologiques.
Bien que leur ouverture soit encore partielle et inégale selon les pays, les
archives du monde communiste ont permis des avancées notables dans l'historiographie.
Traduisant le rapport qu'entretiennent aujourd'hui les sociétés
postcommunistes avec leur passé, leur usage public a encouragé le questionnement
sur la centralité accordée aux dossiers des polices politiques.
D'autres lectures des archives de la surveillance, d'autres champs de recherche
ont pu être explorés, qu'il s'agisse des relations entre les dirigeants
et entre les États, des rapports entre l'État-Parti et la société ou encore de
l'approfondissement d'épisodes majeurs de l'histoire comme la Shoah à l'Est,
longtemps négligée. Revers de la médaille, l'ouverture des archives et la dramaturgie
autour de leurs révélations ont mis en relief un usage public du
passé qui rappelle la fragilité de l'histoire comme discipline autonome.
Issu d'un colloque organisé par la BDIC à l'université de Paris-Ouest-Nanterre,
cet ouvrage collectif rassemble des travaux d'archivistes et
d'historiens qui tentent ici un bilan, vingt ans après la chute du Mur de
Berlin, de l'apport de l'archive à l'historiographie et à l'intelligibilité de
l'expérience communiste.