La vague révolutionnaire qui a balayé le monde arabe à partir de
janvier 2011 a surpris chacun : les intéressés eux-mêmes, autocrates
au pouvoir depuis des décennies, tout comme les manifestants, les
chancelleries, mais aussi les chercheurs spécialistes de la région. Qui aurait
pu dire que l'immolation par le feu de Mohammed Bouazizi, un jeune
Tunisien de vingt-six ans, en signe de protestation contre la confiscation
de sa charrette par la police de Sidi Bouzid, dans le centre du pays, allait
être l'étincelle qui devait aboutir à un bouleversement majeur dans le
monde arabe ? Que de Casablanca à Manama, à Bahreïn, en passant par
l'Algérie, la Libye, l'Égypte, le Yémen, la Jordanie, la Syrie, Oman et
même le «démocratique» Irak, ces sociétés se verraient emportées par la
tourmente ?
La chute du régime de Ben Ali en Tunisie, celle de Moubarak en
Égypte, coeur du monde arabe, semblent sonner la fin d'un ordre qui avait
dominé ce monde depuis les années 1960. Partout, ce sont les mêmes mots
d'ordre : liberté, fin de l'autocratie, refus de la corruption, du népotisme,
de la misère sociale, dignité et respect. Ben Ali et Moubarak n'ont-ils pas
été renversés par la société civile ? Une première dans le monde arabe !
Cet ouvrage pluridisciplinaire décrypte les conditions qui ont permis
l'émergence de ces mobilisations à travers l'analyse du phénomène de la
société civile. Qu'est-ce que la société civile ? Quels rapports entretient-elle
avec l'État, le politique, le marché ou les grandes ONG internationales ?
Mène-t-elle toujours à la démocratisation ? Peut-on parler de société civile
musulmane ? Autant de questions cruciales à un moment où se posent les
questions des lendemains de changement de régime.