Dès les années 1930, le polar s'illustre aux États-Unis
comme vecteur symbolique de la critique sociale et comme
moyen de résistance face à la domination, qu'il s'agisse de
dénoncer la coercition des représentants de l'État : corrompus,
racistes, intolérants, les forces du crime organisé ou la toute-puissance
du capitalisme montant. L'après-guerre d'Algérie
marque en France le tournant vers le néopolar. Aujourd'hui,
la massification du genre à la télévision, si elle l'inscrit
durablement dans le paysage culturel contemporain, n'est
pas sans risques pour son contenu subversif. Instituant, entre
parodies de faits divers horrifiques, scénarii gore de serial
killer et auto-mise en scène de flics experts et désabusés,
de nouvelles normes pour le genre, cette massification
laisse-t-elle encore une place artistique à l'auteur de polar,
surtout lorsque la pression économique convertit l'écrivain
en scénariste de télévision ?
Ce numéro, à quelques mois de l'élection présidentielle, entend se pencher sur les
réflexions et expériences, d'ici ou d'ailleurs, capables de renouveler l'imaginaire de
la gauche pour répondre à cette question urgente : qu'est-ce qu'être de gauche
aujourd'hui ? Pour cela, Mouvements a pensé nécessaire d'ouvrir la boîte à outils
de la modernité - universalisme, centralité du travail, croissance et progrès économique,
communauté politique, institutions démocratiques - pour voir si ces outils
étaient toujours bien adaptés aux questionnements du moment. Pas de réponses
toutes faites, mais un nouveau questionnaire et le refus de reprendre sempiternellement
les mêmes chemins, en somme un nouvel horizon pour aborder avec un
peu d'envie l'année à venir.