Trois thématiques se succèdent dans ce numéro
varié.
La première s'attache à réviser des idées reçues
sur les militants et les intellectuels, de la floraison
des «années 68» aux étiolements des années 1980. Contre l'image
d'un engagement décalé et spécifique, la prosopographie des militants
de 1968 en Suisse montre aussi son caractère protéiforme, son ancrage
local et ses recompositions dans la durée. L'analyse socio-historique de la
prétendue «fin des intellectuels» en France entre 1975 et 1985 dévoile,
derrière la transformation des rapports entre champs intellectuel, politique
et journalistique, les ressorts de fabrication de cette «crise» et les
redéfinitions contemporaines de l'espace de valorisation intellectuelle.
Sont ensuite abordés dans leur double dimension religieuse et politique
les conflits intérieurs en URSS et dans la République populaire de Chine.
Juliette Cadiot observe dans le Tatarstan des années 1920 et 1930 l'action
du régime soviétique face à l'emprise de la religion, tandis qu'Isabelle
Thireau et Hua Linshan s'attachent à saisir, à travers les «déboires du
pasteur Lin», le fonctionnement du dispositif d'adresse directe accessible
aux populations et le traitement de leurs plaintes et dénonciations par les
pouvoirs publics.
Le numéro éclaire en dernier lieu trois aspects du peuplement et de l'habitat
urbains dans la France du XXe siècle : la mobilité des locataires et la
recomposition des hiérarchies sociales dans les immeubles de centre-ville,
à partir d'une étude sérielle du cas lyonnais, de la fin du XIXe siècle aux
années 1960, la démocratisation du crédit immobilier dans l'accès à la
propriété individuelle et enfin la difficulté à renouveler une recherche
urbaine militante d'inspiration chrétienne dans les années 1970.