De 1968 à 2010, Daniel Bensaïd a été la figure de proue
d'une gauche révolutionnaire exigeante et ouverte, respectée
bien au-delà des organisations de tradition trotskiste, de
la LCR au NPA. Animateur, en Mai 68, du Mouvement du
22 mars à l'université de Nanterre, il restera toute sa vie
investi dans le mouvement anticolonial, anti-impérialiste et
anticapitaliste. Il fait partie de ceux qui ont tenté de reprendre
le fil de l'aspiration libératrice et créatrice du marxisme
brisé par la catastrophe stalinienne.
Les auteurs de ce livre ont tous été des interlocuteurs
de Daniel Bensaïd. Ils montrent comment, à partir des
années 1980, son travail sur le marxisme s'impose de plus
en plus par son originalité et ses prises de risque. «L'idée
même de révolution, affirme-t-il, hier rayonnante d'utopie
heureuse, de libération et de fête semble avoir viré au soleil
noir.» Il va découvrir dans l'oeuvre de Walter Benjamin les
moyens pour penser les conséquences des défaites,
s'inspirant également de penseurs aussi différents que
Pascal et Blanqui. Plus surprenant, c'est vers Charles Péguy
qu'il se tourne pour penser les rapports entre mémoire et
histoire. Dès lors, la question du temps est au centre de
tous ses travaux : il montre comment la notion de
«progrès» est venue dépolitiser les aspirations à l'émancipation,
ou pourquoi l'idée de «lois de l'histoire» est une
aberration. Il reprend aussi l'étude des classes sociales en
rupture avec la tradition sociologique, consacrant plusieurs
ouvrages à une relecture très stimulante de Marx.
Daniel Bensaïd mènera sa réflexion en poursuivant un
débat permanent avec Jacques Derrida, Alain Badiou ou
Toni Negri. Un livre indispensable pour tous ceux qui ont
gardé à coeur les idéaux de l'émancipation sociale.