La réflexion sur l'articulation des vulnérabilités
sociales et sanitaires, généralement traitées de
façon disjointe alors qu'elles sont souvent liées,
apporte un regard neuf tant sur l'histoire de la
pauvreté-précarité que sur celle de la maladie. Cette relation est ici abordée
de front : le premier article montre combien les politiques françaises
d'assistance ont été, jusqu'aux années 1970, largement construites sur la
double condition de vulnérabilité sociale et sanitaire, le deuxième analyse
les problèmes psychiatriques rencontrés par les immigrés en Belgique
dans les années 1960-1970 et la façon dont ils ont été traités. L'étude
des politiques françaises face à la fragilité mentale, souvent destinées elles
aussi à des personnes en difficulté sociale, permet de mettre en lumière
l'inégale application locale des directives nationales dans l'entre-deux-guerres
puis l'impact de la loi de 1968 sur la protection de la personne.
Ce numéro varié aborde ensuite les politiques coloniales. Sont analysés,
du côté britannique, les enjeux et les significations des lois de contrôle
des loyers à Bombay de 1918 à 1928, puis, du côté français, les politiques
visant au développement du tourisme dans l'Algérie coloniale et les raisons
de leur relatif échec.
Une dernière séquence éclaire quelques fonctions sociales et politiques
du sport au XXe siècle. Elle fait ressortir le décalage entre l'apparition du
métier d'entraîneur et la stagnation du football professionnel en France
des années 1930 au début des années 1970, puis, à partir de la réception
d'un ouvrage à succès international paru en 2000, Taboo, ce que les
représentations de l'athlétisme révèlent de l'ancrage des discours raciaux
aux États-Unis.