Jamais sans doute avant aujourd'hui on n'aura autant évoqué la
nature qu'au 18e siècle. Notion plurivoque qui désigne à la fois les
objets soumis aux lois physiques et le principe qui agit dans la totalité
comme dans les individus, l'ensemble de toutes les choses crées et
l'être intérieur de chacune, l'idée de nature est sans cesse convoquée
dans les domaines les plus différents, de la théologie à l'esthétique,
en passant par la métaphysique, la physique, les sciences de la vie
et de la terre, la philosophie morale et politique... La notion se
trouve au coeur d'une série de conflits et cristallise l'expression des
bouleversements de l'histoire intellectuelle de la modernité et les
problèmes nouveaux qu'ils posent. Dans quelle mesure la science
peut-elle s'autonomiser par rapport à la métaphysique ? Dans
quelle mesure la morale et la politique peuvent-elles s'affranchir
de la théologie ? Que veut dire l'idée de norme naturelle dans un
moment où le regard sur la nature est en pleine évolution et où l'on
ne sait s'il faut y voir un ordre finalisé témoignant de la bonté du
créateur ou un chaos se débrouillant suivant des lois immanentes,
une matière passive obéissant mécaniquement à un plan ou une
puissance vitale d'engendrement perpétuel ?
Cinquante ans après la publication du livre classique de
Jean Ehrard, L'Idée de nature en France dans la première moitié du
18e siècle, il était temps de revenir, dans un grand numéro de synthèse
interdisciplinaire, sur un thème qui a acquis, ces dernières années,
une nouvelle actualité. Notre inquiétude contemporaine à l'égard de
la nature invite à interroger à nouveaux frais l'histoire des rapports
que nous entretenons avec elle et avec son idée, la façon dont elle est
décrite, interprétée, conçue, imaginée, habitée ou transformée.
La seconde partie du volume regroupe treize études littéraires
et historiques, ainsi qu'un entretien entre Florence Lotterie
et Nicolas Vaude, comédien, autour de Diderot et de sa
représentation aujourd'hui sur une scène. Plus de 150 Notes de
lecture complètent le volume.